Du bon usage des Agapes
Publié le 15 Juin 2011
Il est d'usage dans nos paroisses de prolonger la célébration liturgique par un temps de partage convivial que nous appelons Agapes. Ce partage fraternel s'accompagne d'un repas composé des plats apportés par chacun. Cette agréable tradition nous vient aussi en partie de nos ancêtres gaulois qui terminaient les événements importants par un banquet festif auxquels étaient conviés tous les membres de la communauté (cf les albums d'Astérix).
Humainement parlant, cette coutume est honorable, car elle permet de créer des liens entre les fidèles d'une paroisse. Dans l'Evangile, le repas est toujours un temps d'échanges qui permet de faire passer des messages sur la vie spirituelle. Jésus n'a jamais dédaigné cet aspect humain, même après sa résurrection.
Toutefois, comme le rappelle saint Paul dans la première épître aux Corinthiens (chapitre 11), le repas communautaire ne doit pas être une réplique du repas domestique. Les agapes qui suivent la communion au Corps et au Sang du Seigneur Jésus-Christ ne doivent pas nous faire oublier que le seul Pain qui importe est celui de la Parole de Dieu. C'est donc rassasiés de Dieu lui-même que les fidèles partagent ensuite les nourritures terrestres. Aussi, il est important de demeurer dans l'atmosphère liturgique pour que ce repas soit vraiment différent des autres repas.
Ceci dit, les agapes paroissiales ne doivent pas ressembler non plus au repas partagé par les moines. Néanmoins, une attitude mesurée est nécessaire pour conserver à ce temps joyeux son caractère spirituel. Dès lors, pour ne pas sombrer dans une mauvaise habitude, il peut être profitable d'en limiter la fréquence, comme aussi la richesse des mets proposés. N'oublions pas que les agapes, quand elles ont lieu chez un particulier, constituent une organisation pesante pour les hôtes qui accueillent. "Que ton fardeau soit léger", lit-on dans l'Evangile… Et puis, bien souvent, il incombe aux mêmes personnes de préparer les plats principaux. A cet égard, je rappellerai que le principe des agapes est de partager tous ensemble ce que chacun a préparé. Il est donc important de bien répartir les charges pour que ce temps convivial demeure une joie d'offrir et de partager.
"Tout m'est permis, mais tout n'est pas utile; tout m'est permis, mais je ne me laisserai pas dominer par quoi que ce soit" (1 Corinthiens 6, 12). A chacun de discerner ce qui est bon et juste pour rester dans l'amitié du Christ Jésus. La vie paroissiale suppose des sacrifices et des renoncements personnels pour le bien collectif. Le dimanche, sabbat des chrétiens, doit rester un jour à part, réservé à Dieu. La priorité sera d'abord de participer à la divine liturgie, puis d'offrir son temps à Dieu pour en recevoir toutes les grâces. C'est d'autant plus vrai et nécessaire lorsque la liturgie n'est célébrée qu'un dimanche sur deux. Aussi, le jour où des agapes sont prévues, il est important de donner à ce temps d'échanges une vraie dimension spirituelle. En prévoyant une animation pendant le repas pour que les esprits restent en éveil (on peut axer la conversation sur la lecture du matin). Enfin, selon le temps dont on dispose, en proposant une activité religieuse après les agapes (chant, lecture commentée, catéchèse…) Une telle organisation donnera toute sa richesse à notre journée réservée à Dieu.
Cette réforme en douceur de nos pratiques doit être accompagnée par un enseignement clair et précis qui permettra de redécouvrir la dimension ecclésiale d'une paroisse et de bien définir la place et le rôle de chacun des membres qui la composent. Tout doit être vécu dans la présence du Christ et dans l'amour fraternel. Une paroisse est un corps vivant, composé de personnes différentes reliées entre elles par le lien invisible de la foi en Jésus-Christ. Aussi, dans cette perspective, les agapes devraient toujours être partagées comme si le Seigneur était physiquement présent autour de la table.
+ Père Stéphane
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