Les Sacrements : source de vie spirituelle
Notes du Père Stéphane sur la conférence de Mgr Grégoire, donnée le 11 octobre 2009 lors de sa visite pastorale à la paroisse orthodoxe de l'Annonciation de Castelnau le Lez
Définition du Sacrement :
- mot ecclésiastique tardif.
- avant, on disait plutôt ‘Mystère’, du grec Mysterion : quelque chose qui doit être découvert ; c’est donc un chemin.
- vient de ‘Sacramentum’ en latin : serment juré sur les dieux immortels qui ne pouvait pas être rompu.
- la racine du mot donne ‘séparé’, comme dans sacré ou consacré. Qui a été mis à part. Cela a donné ‘sanctionner’ en français.
Saint Paul donne une définition personnelle du Sacrement : un geste qui accompagne une parole. Le geste venant signifier la Parole.
Ce geste est indépendant de celui qui le donne. Il ne dépend pas de la pureté du dispensateur.
L’efficacité du Sacrement dépend de celui qui le reçoit. En effet, le sacrement met en œuvre notre foi personnelle.
Le Sacrement est la manière dont l’Eglise transmet le signe de la grâce du Saint Esprit (l’énergie divine). Il permet de rendre sa présence palpable.
L’Eglise elle-même est un sacrement. Elle est le signe que le Saint Esprit se donne au monde. A l’origine, il y avait peu de sacrements. Dans les Actes des Apôtres, trois sacrements sont signalés : le Baptême, l’Imposition des mains, l’Eucharistie.
Existe-t-il une distinction entre le sacrement et les sacramentaux. Par exemple, bénir le repas n’est pas un sacramental ; c’est bien un sacrement qui rend présent le don de la grâce du Saint Esprit. En fait, dès qu’on invoque l’action du Saint Esprit, tout geste devient un sacrement.
Les différents Sacrements :
Les trois premiers sacrements ont leur source dans le Nouveau Testament.
Le premier sacrement est le Baptême au cours duquel le fidèle professe sa foi et son adhésion au Christ. Il signifie immerger. Voilà pourquoi l’Eglise Orthodoxe plonge complètement le fidèle dans l’eau. A l’origine, il n’était donné qu’à des adultes, après un temps de préparation. L’Eglise a élargi son champ d’application en baptisant les petits enfants, par souci d’économie. Il est à noter que tous les chrétiens peuvent baptiser en cas d’urgence.
Le deuxième sacrement est la Chrismation (ou baptême de l’Esprit). Il est en lien direct avec la Pentecôte. Le baptisé est plongé dans la plénitude des dons du Saint Esprit. Le signe est l’onction du Saint Chrême (huile consacrée chaque année par l’évêque) et l’imposition des mains. A l’origine, seul l’évêque conférait ce sacrement. Mais, pour répondre à la multiplication des lieux de cultes, il a délégué ce pouvoir aux prêtres.
Par ce sacrement, saint Paul dit que le chrétien se met en marche vers le Royaume, fortifié par l’onction avec l’huile des combattants.
Le troisième sacrement est l’Eucharistie. Il signifie action de grâces. Son origine est la sainte Cène célébrée par Jésus avec ses disciples avant sa Passion. Le signe est le pain et le vin consacrés à l’autel durant la liturgie. Par le boire et le manger l’Eucharistie est la nourriture essentielle du corps et de l’esprit, pour parcourir le chemin intérieur, le pèlerinage, que chaque chrétien est invité à suivre durant sa vie terrestre.
Puis, d’autres sacrements ont été créés par l’Eglise : des sacrements de guérison et des sacrements de service.
Deux sacrements de guérison, créés au IIIème siècle pendant les grandes persécutions en raison de l’apostasie (action du fidèle qui renie sa foi pour garder la vie sauve). Ils sont hélas trop négligés à notre époque.
- La Réconciliation. Les apostats posaient un cas de conscience et divisaient l’Eglise. En suivant l’enseignement de l’Evangile, il fut décidé de les accueillir de nouveau au sein de la communauté ecclésiale par un geste de pénitence. Ainsi est né le sacrement de la Réconciliation. Le fidèle doit reconnaître ses torts (sans forcément les dire) et demander pardon. Le prêtre donne alors une bénédiction de réconciliation avec le Père céleste.
Spirituellement, ce sacrement est très important. Il réactualise le baptême et permet de faire le bilan de sa vie spirituelle. Il est un bon moyen de savoir où l’on se situe sur le chemin intérieur.
- l’Onction des Malades. C’est un sacrement très utile pour aider la guérison physique, mais aussi la guérison intérieure. En effet, c’est souvent à cause d’un déséquilibre intérieur que nous succombons à des maux physiques. Le signe est une onction d’huile mêlée de vin en souvenir de l’onction faite par le bon samaritain dans l’Evangile.
Ce sacrement aide à la guérison spirituelle de l’esprit du chrétien. C’est aussi un geste visible de la puissance de Dieu (cf Jean 12, le récit de l’aveugle de naissance).
Enfin, deux derniers sacrements sont dits de service.
- le Mariage. Le signe de ce sacrement c’est l’échange des consentements et la bénédiction du prêtre. Ce qui consacre l’union, c’est la communion des époux et le couronnement qui symbolise la descente de l’énergie divine pour ne faire qu’une seule chair de ces deux êtres.
Ce sacrement est unique. Toutefois, l’Eglise permet une possible séparation quand elle constate que l’énergie divine qui a uni ces deux êtres s’est dissoute et a disparu. Après avoir reçu une lettre des époux, l’évêque procède alors à une cérémonie de déliement (avec acte de pénitence). Il peut déléguer à un prêtre. Il s’agit alors d’une libération spirituelle. Avant de procéder, il faut demander un certificat de divorce.
L’Eglise agit ainsi selon le précepte du Christ en matière de lier et de délier (Jn 20, 23). C’est aussi pourquoi un second mariage religieux est possible chez les orthodoxes.
- l’Ordre. Ce sacrement remonte au début de l’Eglise. Dans les Actes, les apôtres imposaient les mains pour transmettre le ministère. Le signe est l’imposition des mains de l’évêque et l’axios (il est digne) de l’assemblée présente. Si l’assemblée ne donne pas son consentement, la consécration n’est pas valide. Il n’y a là ni magie, ni automatisme.
C’est aussi le cas lors de la consécration des saints Dons. Sans l’amen des fidèles, le prêtre seul ne peut pas consacrer le pain et le vin.
Comment la grâce se manifeste dans l’homme à travers les sacrements ?
L’énergie de Dieu a créé le monde. L’énergie du Saint Esprit crée en nous l’homme nouveau. Cette grâce divine construit sans cesse l’homme intérieur. Mais il faut parfois le restaurer par les sacrements. Toutefois, ceux-ci n’ont aucun intérêt sans une vie spirituelle intérieure véritable. Il y a donc nécessité pour le chrétien de recevoir les sacrements et de cultiver sa vie intérieure. Il ne doit pas s’occuper de la vie du monde. Dans l’Eglise, par les sacrements, tout est donné à l’homme pour nourrir sa vie intérieure, la seule impérissable.
/image%2F0561250%2F201309%2Fob_4d37631d1d34750d8e8a99419322bcb5_vierge-du-signe.jpg)