Le Pain de Vie

Homélie du 15 mars 2009 (3ème Dimanche de Carême)

 

+ Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

 

Bien-aimés en Christ,

 

Nous voici maintenant à la moitié du chemin vers Pâques. L'Eglise nous propose aujourd'hui de fixer plus particulièrement notre attention sur le Christ, sur sa divinité et sa mission.

 

Le prophète Isaïe (58, 1-8) nous rappelle ce que doit être un jeûne utile et favorable aux yeux de Dieu. Il ne suffit pas d'accomplir seulement des rites extérieurs. C'est le cœur qui doit changer en renonçant aux comportements générés par le péché. Il faut veiller à mettre en pratique l'Evangile avec plus d'attention et à rester vigilant. C'est au moyen de cette ascèse attentive que Dieu donne ses grâces en abondance.

Saint Paul (Col 2, 6-10) nous invite à fixer notre attention sur le Christ pour essayer de vivre à sa ressemblance. Car, en Christ, vrai homme et vrai Dieu, nous avons accès aux ressources célestes nécessaires à notre maturité spirituelle.

 

Ainsi préparés par ces deux textes de mise en condition, nous pouvons entrer dans le vif du sujet annoncé par saint Jean au verset 35 de son Evangile lu aujourd'hui : "Jésus leur dit : je suis le Pain de Vie! Celui qui vient à Moi n'aura jamais faim et celui qui croit en Moi n'aura jamais soif." Mais que veut dire Jésus en adressant ses paroles aux foules ? Une réponse en 3 points peut être esquissée :

1) Jésus révèle sa divinité en prononçant le JE SUIS qui fut le nom donné par Dieu à Moïse.

2) pour être pleinement rassasié, il faut venir à Jésus : Dieu incarné.

3) pour être vraiment désaltéré, il faut croire en Jésus-Christ : le Fils de Dieu.

 

Avec ce premier JE SUIS, Jean commence la série particulière des 7 "Je suis" complétés que Jésus prononce dans l'Evangile johannique. Les voici chronologiquement pour mémoire :

- Je suis le Pain de Vie (6, 35)

- je suis la Lumière du monde (8, 12)

- je suis la Porte (10, 9)

- je suis le Bon Berger (10, 11)

- je suis la résurrection et la vie (11, 25)

- je suis le chemin, la vérité et la vie (14, 6)

- je suis le vrai cep (15, 1)

 

En disant JE SUIS, Jésus s'exprime comme Dieu et en qualifiant de la sorte ses déclarations, il révèle différents aspects de sa mission. Que nous dit-il aujourd'hui par la bouche de son apôtre ? Je suis le Pain de Vie! Cette affirmation éveille en moi 3 images :

1) celle du pain, base nourrissante de l'humanité et bien très précieux qu'il faut parfois gagner durement et qui, hélas, manque cruellement à des millions d'êtres dans le monde.

2) celle de la Manne céleste donnée par Dieu aux Hébreux lors de l'Exode, et qui leur a permis de survivre dans le désert. Toutefois, bien que d'essence surnaturelle, cette manne était seulement une nourriture pour le corps.

3) celle du pain eucharistique qui, bien qu'étant du pain fait de farine et d'eau, n'est pas consommé pour nourrir le corps mais pour nourrir l'âme. C'est une nourriture spirituelle vivifiée par l'Esprit Saint qui revêt la substance même de Dieu.

 

Pour communier à ce Pain de Vie, il faut d'abord venir à Jésus, se laisser attirer vers Lui, le reconnaître comme Dieu incarné et se mettre à son écoute. Jésus nous révèle que c'est le Père qui permet cette rencontre par une grâce d'élection, donnée à tous, mais seulement acceptée par quelques uns. Sans cette grâce d'élection, qui n'appartient qu'à Dieu seul et qu'il n'est pas possible d'expliquer de façon rationnelle, l'homme passe à côté de Jésus sans découvrir la lumière qui irradie de son être. Jusqu'à la Croix, Jésus, modèle à suivre, accomplira fidèlement la volonté de son Père. Sa mission est de donner sa vie pour l'humanité afin de donner la Vie éternelle à l'homme. Quand on accepte de se laisser ensemencer par l'Esprit Saint, on découvre alors le Dieu vivant qui se donne dans l'Eucharistie. Jésus n'est plus seulement le maître, le rabbi de Galilée qui parle avec autorité, il est aussi le Fils de Dieu qui continue à se donner Corps et Sang pour le salut du monde et pour que toute créature entre dans son éternité.

 

Enfin quand la foi devient le fruit de l'expérience intime entre l'homme et son Dieu, la plénitude du don céleste peut accomplir son œuvre en chacun de nous. Appelé et conduit par le Père vers le Fils; accueilli et enseigné par le Fis dans l'Esprit, l'homme de foi commence à saisir le Mystère eucharistique, non par la raison, mais avec son cœur qui, nourri par Jésus-Christ Pain de Vie, enfle et se dilate pour accueillir en plénitude la Vie de la Divine Trinité. Le breuvage mystique contenu dans le calice distille un goutte à goutte salutaire qui fait entrer l'heureux bénéficiaire dans la vie éternelle. Cette Pâque perpétuelle vécue chaque dimanche est un avant goût du Paradis.

 

Puisse cet heureux temps du carême nous ouvrir au Mystère eucharistique, par l'ascèse et la contemplation, dans la joie, la paix et l'amour. Que l'action de grâce jaillissant de notre cœur soit toujours sur nos lèvres!

 

A Dieu soit la gloire aux siècles des siècles. Amen!

 

Père Stéphane

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