La Dormition
La Dormition de la Mère de Dieu
Homélie du 15 août 2008
+ Au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, Amen.
Aujourd'hui, nous portons notre regard sur la Sainte Vierge Marie et sur le mystère glorieux de sa Dormition. Cette fête célèbre la mort et la montée au Ciel de Marie. La Dormition désigne en effet la fin de la vie terrestre, la mort, considérée comme un sommeil paisible précédant la Résurrection.
Historiquement, cette croyance prit son essor après la proclamation dogmatique du Concile d'Ephèse en 431, qui a défini la maternité divine de la Vierge Marie en lui donnant son plus beau nom : THEOTOKOS. L'origine de la fête de la Dormition vient d'une fête célébrée le 15 août à Jérusalem, dès le 5ème siècle. Plusieurs dates avaient cours un peu partout. Finalement, vers 600, l'Empereur byzantin Maurice l'étend à tout l'empire et la fixe définitivement au 15 août. En Orient, elle prendra le nom de Dormition et sera connue sous celui d'Assomption en Occident. Cette grande fête de l'Eglise n'a aucune origine biblique. Elle est décrite dans un texte apocryphe que l'on peut dater de la fin du deuxième siècle. Les détails de la scène décrits dans ce texte ont servi de référence pour réaliser l'icône traditionnelle de la Dormition. On y voit la Sainte Vierge allongée sur son lit mortuaire, entourée des Apôtres arrivés miraculeusement des quatre coins du monde. Des anges accompagnent le Christ venu recevoir l'âme de sa Mère, représentée comme un petit enfant emmailloté. Le texte apocryphe nous apprend qu'ensuite Marie fut déposée dans un tombeau au jardin de Gethsémani. Après 3 jours, l'Apôtre Thomas, absent auparavant, veut rendre un dernier hommage devant la dépouille de la Mère de Dieu. On ouvre alors le tombeau et voici qu'il est entièrement vide. Marie fut élevée au Ciel pour rejoindre son divin Fils. Il est intéressant de constater qu'il n'a jamais existé aucune relique corporelle de la Sainte Vierge.
Au 8ème siècle, saint Jean Damascène se demande avec lyrisme comment la corruption oserait s'en prendre au corps qui a contenu le Christ qui est vie et vérité. En effet, nous savons que par sa passion, sa mort et sa résurrection, Jésus nous sauve. Et Marie est la première à être sauvée ! Elle ouvre la voie à l'humanité entière comme elle a ouvert la voie à la divinité incarnée. La foi en la résurrection de la Vierge Marie n'a jamais fait l'objet d'un dogme de la part de l'Eglise Orthodoxe, car elle n'a jamais été mise en cause dans l'histoire.
En contemplant l'icône de la Mère de Dieu, c'est notre espérance qu'il nous faut contempler. Marie est l'échelle sainte, vue en songe par Jacob (Gen 28) qui permet à l'humanité d'aller vers son Créateur et qui a permis à Dieu de descendre au plus près de sa création. La Parole vivante, le Fils éternel, s'est imprimée dans l'âme de Marie comme elle doit aussi s'imprimer dans nôtre âme. Car il nous appartient de faire naître Dieu en notre âme, au moyen de la purification, du détachement, de l'humilité et de la contemplation du Seigneur. Plus nous demanderons à obtenir ce désir véritable, plus ce désir nous permettra de recevoir ce don suprême. Peu à peu, l'Esprit Saint viendra préparer la demeure intérieure où Dieu se plaira à naître. Notre âme deviendra alors le "Béthel" proclamé par Jacob, cette demeure de Dieu dans notre demeure de chair. La sainte Vierge Marie cherchait Dieu avec un absolu désir, dans le silence et la contemplation, dans l'écoute et l'émerveillement. Aussi, Dieu l'a doublement comblé. Non seulement la Parole, ou Verbe divin, s'est imprimée dans son âme, mais elle lui a fait l'immense grâce de s'imprimer aussi dans sa chair, en prenant Corps de son corps. Voilà pourquoi ce corps divinisé ne pouvait pas se corrompre à l'heure de la mort !
"Pour que l'âme humaine puisse enfanter son Dieu, il faut qu'elle soit placée dans le vide et la pauvreté d'esprit, purifiée de tout appui, de toute consolation et appréhension naturelle à l'égard des chose d'en haut et celles d'ici-bas. Vide, elle est alors pauvre d'esprit et dépouillée du vieil homme. Elle peut alors vivre de cette nouvelle et bienheureuse vie qui s'obtient par le moyen de ce renoncement. C'est alors l'état d'union avec Dieu." Ces paroles de saint Jean de la Croix me semblent appropriées pour parler du Mystère de l'enfantement de Dieu que tout chrétien doit vivre et connaître à l'égal de la Vierge Marie.
La vénération due à la Mère de Dieu n'a de sens véritable qu'au regard de cette maternité divine que toute âme doit expérimenter. Car si l'âme n'enfante pas son Dieu, le corps lui-même ne pourra être divinisé ! Il peut être intéressant de relire la vie de saint Séraphim de Sarov pour comprendre que son âme avait connu un tel enfantement et que Dieu y demeurait réellement. La lumière qui émanait parfois de son corps témoignait d'elle-même de cette présence transfigurante. Marie a-t-elle vécue une telle expérience ? Certes, oui ! Mais son grand abaissement et sa profonde humilité ont formé comme un rempart permettant de garder secrète cette manifestation de la divinité en elle. Pourquoi ? C'est dans l'Evangile que nous trouvons la réponse, toute simple, puisqu'il est dit que Marie gardait tout au fond de son cœur. Ayant reçu la grâce de la double incarnation : spirituelle et corporelle, son âme était suffisamment vaste pour absorbée la lumineuse présence de son Dieu. Puissions nous aussi connaître un tel bonheur !
Enfin, je terminerai mon propos en parlant des 3 ornements de la Vierge Marie : la FOI, l'ESPERANCE et la CHARITE.
Et je citerai encore une fois saint Jean de la Croix :
"la Foi obscurcit l'entendement, le dépouille de son intelligence naturelle ;
l'Espérance dépouille et sépare la mémoire de toute possession créée ;
la Charité dépouille les affections et les appétits de la volonté de tout ce qui n'est pas Dieu...
Ces trois vertus ont la propriété d'unir l'âme à Dieu."
Suivons ce chemin mystique en prenant Marie comme modèle, mais sachons voir en elle le Trésor qu'elle renferme et qu'elle désire offrir à tous. Car son regard est tourné vers ce Fils dont elle nous dit : "fais tout ce qu'il te dira !"
Oui, Marie est élevée au Ciel, alléluia !
Réjouissons-nous avec les anges !
Louons et bénissons le Seigneur, alléluia !
Père Diacre Stéphane
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