La Dette remise


Homélie du 25 octobre 2009

Textes : Dt 15, 1 à 5 – Ep 6, 10 à 17 - Mt 18, 21 à 35

 

 

 

Dans cet Evangile que l’Eglise nous propose aujourd’hui, Pierre pose une question qui peut sembler curieuse de prime abord : « Seigneur, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu’il pêchera contre moi ? » Puis, il ajoute : « sera-ce jusqu’à 7 fois ? » Cela nous paraît déjà beaucoup, car nous avons parfois du mal à pardonner une seule fois. Mais Jésus répond à Pierre d’une manière surprenante : « je ne te dis pas jusqu’à 7 fois, mais jusqu’à 70 fois 7 fois ! » A cette réponse, le brave Pierre est sidéré ou du moins désorienté. Que veut dire 70 fois 7 fois ? C’est tout un jeu de combinaison du chiffre sept, hautement symbolique dans la Bible, qui implique une multitude infinie de pardons. En effet, Jésus se place ici comme Fils de Dieu et il met en avant la miséricorde divine de son Père. Combien de fois dans nos vies Dieu nous a-t-il pardonné ? Je serai bien incapable de faire le compte en ce qui me concerne, mais c’est déjà sûrement plus que 70 fois 7 fois. Si notre Dieu est prompt à pardonner sans limite, combien nous devons suivre son exemple entre nous. Car ce qui fait la grandeur du chrétien, c’est son aptitude au pardon. Jésus a déjà expliqué cela après avoir enseigné la prière du Notre Père, en soulignant l’importance du pardon. Lui-même sur la croix, il demandera à son Père de pardonner ceux qui l’ont crucifié.

 

Remettre les dettes à nos débiteurs, c’est savoir pardonner du fond du cœur et non pas seulement avec les lèvres. C’est accorder une remise totale et effacer toute trace dans le cœur. C’est agir comme Dieu qui nous pardonne vraiment et nous libère d’un poids insupportable. Pardonner aux autres, inlassablement et avec une infinie patience, n’est pas un acte facile à réaliser. Et pour cause ! Le démon cherche tous les moyens pour empêcher l’homme d’accomplir sa destinée et il a trouvé la faille en rendant souvent impossible la remise de dettes. N’oublions pas que la destiné de l’homme c’est de devenir Dieu. C’est d’être totalement habité par l’Esprit Saint. Et justement, le démon veut empêcher cette déification de l’homme en l’éloignant du seul instrument spirituel qui lui permettrait de pardonner du plus profond de son cœur. Et cet instrument, c’est l’Esprit Saint qu’il nous faut invoquer avec force et foi pour qu’il nous remplisse de sa présence et fasse de nous de vrais disciples de Jésus-Christ.

 

Il me semble que souvent Dieu permet que nous soyons offensés et heurtés dans notre ego pour que nous fassions l’effort de nous transformer, grâce au pardon et à l’humilité. A chaque petite épreuve, demandons vite l’aide du Saint-Esprit qui, si nous sommes sincères, nous aidera à devenir des êtres conformes au plan de Dieu à notre égard.

 

Enfin, pardonner aux autres d’un cœur sincère, c’est aussi accepter le pardon pour soi-même en accueillant humblement la miséricorde du Père lors du sacrement de la Réconciliation. Car, s’il y a pardon, il y a aussi réconciliation avec le frère en cause. Pardonner n’est pas rompre un lien ; c’est plutôt le renforcer et lui donner plus de vigueur. Voilà pourquoi l’Eglise, à l’exemple du Christ et des apôtres, invite les fidèles à recevoir de manière visible le pardon de Dieu et les incite vivement à agir de même entre frères. Car, si l’on vient demander pardon d’un cœur sincère, Dieu ne reste pas sourd !

Il pardonne totalement, efface toute dette et ne cesse pas d’aimer son enfant bien-aimé. De même, il nous est demandé d’agir comme lui. Voilà pourquoi, il peut être salutaire de venir se plonger dans la source du pardon et d’en boire l’eau rafraîchissante pour que cette saveur incomparable imprègne notre âme et enflamme notre cœur d’une divine compassion.

 

Aimer véritablement, c’est savoir pardonner et demander pardon. Aimer et pardonner sont les deux clés qui ouvrent pleinement nos portes intérieures à l’Esprit-Saint.

 

+ Béni soit-il, avec le Père et le Fils. Amen.

 

 

 

Père Stéphane

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