Le pauvre Lazare
Homélie du 10 mai 2009 (Luc 16, 19-31)
Aujourd’hui encore l’Eglise nous propose une parabole du Christ qui peut paraître étrange en ce temps pascal. Mais, son enseignement est bien une nouvelle fenêtre ouverte sur la connaissance du monde des vivants.
Essayons de dégager les principaux traits de cette parabole : Jésus nous parle d’un homme riche, sans le nommer, qui vit dans l’opulence et qui ne se soucie pas du lendemain. Il est autosuffisant et fort satisfait de sa richesse qui lui procure tout le bonheur possible en ce monde. Le fait qu’il n’ait pas de nom permet de nous identifier à lui ou de lui donner le visage de telle personne de notre entourage. Par contre, le pauvre a un nom. Il s’agit de Lazare, forme abrégée d’Eléazar qui peut se traduire par « Dieu aide » ou « Dieu est mon secours ». Et cet homme est pauvre et accablé d’ulcères qui le font souffrir. Bien que gisant tous les jours devant la maison du riche, il n’en reste pas moins éloigné de sa vue et donc des menues retombées de cette richesse. Même les restes de nourriture lui sont refusés. Cette riche maisonnée où tout n’est qu’abondance n’a aucune pitié pour cet homme souffrant et l’ignore complètement. Même les chiens, qui eux reçoivent leur nourriture, viennent encore ajouter à cette souffrance. Seul Dieu se soucie de ce pauvre Lazare.
Aussi, quand il meurt, les anges viennent le chercher pour le conduire dans le Royaume céleste. Nous qui célébrons des liturgies pour aider les défunts, nous comprenons fort bien cela. Dieu, dans sa miséricorde, n’a pas oublié son enfant et lui a ouvert les bras. L’expression « dans le sein d’Abraham » signifie dans le Paradis, auprès de la Sainte Trinité, là où il n’y a que paix, joie et lumière.
Le riche meurt lui aussi, car c’est le lot commun de tous les hommes. Cependant, aucun ange ne vient le chercher. Il reste attaché au séjour des morts et à ses souffrances. En effet, son cœur est toujours fermé à la grâce et à l’amour de Dieu. Le fait de mourir n’a rien modifié dans sa façon d’être. Toutefois, n’étant plus soumis à la matière, l’homme riche voit le séjour des bienheureux en Christ et s’aperçoit qu’il n’a pas su saisir sa chance quand cela était possible. Alors, il crie son désespoir à Dieu et lui demande d’envoyer Lazare à son aide pour apaiser ses souffrances, puisqu’il bénéficie des faveurs du ciel. Hélas, le riche n’a pas compris que sa délivrance ne peut naître que dans son cœur, dans une conversion sincère et véritable. Là où il se trouve, nul ne peut lui venir en aide, sinon Dieu seul. Quand il était vivant dans la chair, il aurait pu vivre cette conversion ; il en avait les moyens. Mais il a préféré jouir des richesses de ce monde et s’octroyer ainsi sa récompense ici-bas. C’est bien le chemin emprunté par beaucoup et c’est aussi une tentation qu’il nous faut constamment combattre en gardant notre cœur tourné vers Dieu. Le grand abîme qui sépare les défunts, c’est la volonté de Dieu lui-même. Nul ne peut s’y opposer dans l’autre monde. Sur terre, tout est permis à l’homme même si tout ne lui est pas profitable. Mais, en quittant ce monde, les âmes sont soumises à la loi divine et ne dépendent plus que de la grâce seule.
Ce texte de saint Luc est généralement mal interprété par les protestants et les évangéliques qui l’utilisent pour enseigner que les vivants ne doivent pas prier pour les défunts. Cette vision restrictive ne permet pas de voir au-delà des apparences. Ils ont lu ce texte sans ouvrir leur coeur à l’Esprit. C’est souvent le risque quand on lit la Bible. En effet, la vie n’est pas limitée qu’au monde terrestre. Après sa mort dans la chair, l’homme continue à être vivant, à ressentir et à vouloir, mais sans avoir les moyens d’agir à sa guise. Il dépend entièrement de la volonté de Dieu. Voilà la grande leçon donnée par le Seigneur ressuscité ! Nous sommes des êtres vivants même au-delà de la mort, parce que nous sommes des enfants du Vivant et que la Vie est notre héritage.
Tout nous est donné pour comprendre cet enseignement dès maintenant. A nous d’ouvrir notre cœur à la grâce, de préférer l’amour de Dieu aux attraits du monde, de conformer notre vie sur le Christ ressuscité. A Lui soient la gloire et la louange aux siècles des siècles. Amen.
Père Stéphane
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