Etymologie du mot "Dieu"

Publié le 23 Novembre 2012

 

Puisque nous sommes entrés dans l'Avent, voici un petit texte qui peut servir notre méditation du mystère de l'Incarnation. Comment nommer l'Innomable ? Comment exprimer l'être de Dieu ? Lui, le tout autre, et pourtant si présent dans notre histoire. A nous de trouver la bonne prononciation pour entrer dans l'intimité du Seigneur.

 

 

Dans plusieurs langues, le mot "Dieu" est apparenté à divers termes ou concepts dont l'analyse, en vertu de ces mises en relation, nous permettra de nous faire une idée sur la nature de Dieu. A l'époque antique les gens s'efforçaient de trouver des mots dans leur propre langue pour les aider à exprimer leur manière de se représenter Dieu ou, mieux encore, leur expérience de la relation qu'ils entretenaient avec Dieu.

 

Dans les langues d'origine germanique, le mot "Dieu", God en anglais, Gott en allemand, vient d'un verbe signifiant "tomber face contre terre", se prosterner. L'apôtre Paul, ébloui par Dieu sur le chemin de Damas, terrassé par cette lumière, soudain "tomba à terre [...] tremblant et saisi d'effroi" (Ac 9,4,6). Dans la langue russe comme dans les langues d'origine slave reliées au groupe indo-européen, le mot "Dieu", selon les linguistes, est apparenté au sanscrit bhaga, qui signifie "celui qui comble de présents, dispense des dons", et qui à son tour vient de bhagas, "fortune, bonheur". Le mot "richesse" (en russe: bogatstvo) est également apparenté au mot "Dieu" (en russe: Bog). Ainsi la représentation de Dieu se traduit en termes de plénitude d'être, de perfection absolue, de béatitude, lesquels toutefois ne restent pas à l'intérieur de la Divinité, mais se répandent sur le monde, sur les personnes, sur tout être vivant. Dieu nous comble de dons, nous dispense ses biens par la grâce de sa plénitude, de ses richesses, lorsque nous communions avec Lui.

 

Le mot grec theos, d'après Platon, vient du verbe theein, qui signifie "courir". Mais à côté de cette étymologie, saint Grégoire le Théologien en introduit une autre : le nom theos vient du verbe aithein, "allumer, brûler, flamber". Saint Jean Damascène avance encore une troisième étymologie du mot theos, de theaomai, "contempler": car on ne saurait rien lui cacher, son regard s'étend à tout. Il a tout contemplé avant que naisse quoi que ce soit.

 

Dieu s'est manifesté aux anciens Hébreux comme Yahweh, "Celui qui est", qui a l'existence, qui a l'être (du verbe hayah, être, exister, ou plutôt de la première personne de ce verbe, ehieh "Je suis"). Toutefois ce verbe a un sens dynamique, il ne désigne pas simplement le fait d'exister en soi, mais un mode d'être toujours actuel, une présence vivante et active. Lorsque Dieu dit à Moïse : "Je suis Celui qui est" (Ex 3,14), cela signifie : Je vis, Je suis ici, Je suis près de toi. Par ailleurs ce nom souligne la prééminence de l'être de Dieu sur tout ce qui existe; il s'agit de l'être premier, qui se suffit à lui-même, l'être éternel, la plénitude d'être qui est au-delà de l'être.

 

Les Hébreux ne prononçaient pas le nom de Yahvé, 'Celui qui est', tant ce nom faisait naître en eux un tremblement sacré. Seul le grand prêtre, une fois par an, lorsqu'il entrait dans le Saint des Saints pour faire les encensements, était habilité à y prononcer ce nom. Si un homme ordinaire, ou même un prêtre, dans le temple voulait dire quelque chose concernant Dieu, il faisait appel à des noms de substitution ou bien disait "le ciel". Dans l'écriture, les hébreux désignaient Dieu par le tétragramme sacré YHWH. Les anciens Hébreux savaient parfaitement qu'il n'existe pas dans le langage humain de nom, de mot, de terme, capable d'exprimer l'être de Dieu. En s'abstenant de prononcer le nom de Dieu, les Juifs montraient que l'on peut s'unir à Dieu moins par la parole et par l'écrit, que par un silence pénétré de respect et de tremblement sacré.

 

 

Extrait de "Le mystère de la foi" de Mgr Hilarion Alfeyev

 

Rédigé par père Stéphane

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